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RETIARIVS - Sujet blanc sur Sénèque (2001/2002)

(Testé en 3 heures dans les conditions de l'examen :
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Sénèque, Epistulae ad Lucilium, IX, §1 à 7

SENECA LUCILIO SUO SALUTEM

[1] An merito reprehendat in quadam epistula Epicurus eos qui dicunt sapientem se ipso esse contentum et propter hoc amico non indigere, desideras scire. Hoc obicitur Stilboni ab Epicuro et iis quibus summum bonum visum est animus impatiens. [2] In ambiguitatem incidendum est, si exprimere "apatheian" uno verbo cito voluerimus et impatientiam dicere ; poterit enim contrarium ei quod significare volumus intellegi. Nos eum volumus dicere qui respuat omnis mali sensum : accipietur is qui nullum ferre possit malum. Vide ergo num satius sit aut invulnerabilem animum dicere aut animum extra omnem patientiam positum. [3] Hoc inter nos et illos interest : noster sapiens vincit quidem incommodum omne sed sentit, illorum ne sentit quidem. Illud nobis et illis commune est, sapientem se ipso esse contentum. Sed tamen et amicum habere vult et vicinum et contubernalem, quamvis sibi ipse sufficiat. [4] Vide quam sit se contentus : aliquando sui parte contentus est. Si illi manum aut morbus aut hostis exciderit, si quis oculum vel oculos casus excusserit, reliquiae illi suae satisfacient et erit imminuto corpore et amputato tam laetus quam [in] integro fuit; sed [si] quae sibi desunt non desiderat, non deesse mavult. [5] Ita sapiens se contentus est, non ut velit esse sine amico sed ut possit ; et hoc quod dico "possit" tale est : amissum aequo animo fert. Sine amico quidem numquam erit : in sua potestate habet quam cito reparet. Quomodo si perdiderit Phidias statuam protinus alteram faciet, sic hic faciendarum amicitiarum artifex substituet alium in locum amissi. [6] Quaeris quomodo amicum cito facturus sit ? Dicam, si illud mihi tecum convenerit, ut statim tibi solvam quod debeo(1) et quantum ad hanc epistulam paria faciamus. Hecaton(2) ait : "ego tibi monstrabo amatorium sine medicamento, sine herba, sine ullius veneficae carmine : si vis amari, ama". Habet autem non tantum usus amicitiae veteris et certae magnam voluptatem sed etiam initium et comparatio novae. [7] Quod interest inter metentem agricolam et serentem, hoc inter eum qui amicum paravit et qui parat. Attalus philosophus dicere solebat iucundius esse amicum facere quam habere, "quomodo artifici iucundius pingere est quam pinxisse". Illa in opere suo occupata sollicitudo ingens oblectamentum habet in ipsa occupatione : non aeque delectatur qui ab opere perfecto removit manum. Iam fructu artis suae fruitur : ipsa fruebatur arte cum pingeret.
Mon cher Lucilius

[1] Tu veux savoir si Epicure a raison de blâmer dans une de ses lettres ceux qui disent que le sage se suffit à lui-même et que pour cette raison, il n'a pas besoin d'ami. C'est à Stilbon qu'Epicure adresse ce reproche, ainsi qu'à ceux qui estiment que le souverain bien, c'est l'impassibilité de l'âme. [2] Nous tombons inévitablement dans l'ambiguïté si nous voulons traduire "apatheia" au plus court, en un seul mot, et parler d'impassibilité : il pourra être compris dans un sens contraire à celui que nous voulons exprimer. Nous, nous voulons dire "celui qui repousse toute sensation de douleur" : on comprendra "celui qui ne peut tolérer aucune douleur". Vois donc s'il ne vaudrait pas mieux dire soit "âme invulnérable", soit "âme au-delà de toute souffrance". [3] Voilà la différence entre eux et nous : notre sage à nous surmonte bien tous les maux mais il les éprouve, le leur ne les éprouve même pas. Ce qui est commun entre eux et nous, c'est que le sage se suffit à lui-même. Mais pourtant le nôtre souhaite aussi avoir un ami, un voisin, un camarade, bien qu'il trouve tout en lui-même. [4] Vois combien il se suffit à lui-même : parfois, il se suffit d'une partie de lui-même. Si la maladie ou l'ennemi lui fait perdre une main, si un accident lui arrache un œil ou les deux yeux, ce qui lui reste lui suffira, et il sera avec son corps diminué et amputé aussi heureux que quand son corps était intact ; mais même s'il ne regrette pas ce qu'il a perdu, il préfère encore ne rien perdre. [5] Le sage se suffit à lui-même non pas jusqu'à vouloir être sans ami mais jusqu'à le pouvoir ; et quand je dis "pouvoir", c'est dans le sens où il supporte sa perte avec résignation. Mais il ne sera jamais sans ami : il lui est possible de réparer cette perte rapidement. Tout comme Phidias qui, s'il perd une statue, en fera aussitôt une autre, cet expert dans l'art de se faire des amitiés remplacerapar un autre l'ami perdu. [6] Tu veux savoir comment il se fera si vite un ami ? Je te le dirai si nous nous mettons d'accord pour que je règle tout de suite ce que je te dois et que nous soyons quittes concernant cette lettre. Hécaton a dit : "Moi, je te fournirai un philtre d'amour sans confectionner de produits, sans herbe, sans incantation d'aucune sorcière : si tu veux qu'on t'aime, aime d'abord." Or le grand plaisir ne vient pas seulement d'une vieille et sûre amitié qu'on entretient, mais aussi de commencer et d'en acquérir une nouvelle. [7] Il y a le même rapport entre le paysan qui moissonne et celui qui sème, qu'entre l'homme qui s'est gagné un ami et celui qui s'en gagne un. Le philosophe Attale disait souvent qu'il y a plus de joie à se faire un ami qu'à en avoir un, "de la même façon que, pour un artiste, il y a plus de joie à peindre qu'à avoir peint". Cette tension de l'esprit concentré sur son œuvre est distraite par la concentration même : la joie n'est pas si grande chez celui qui a mis la dernière main à son œuvre achevée. Dès lors, il jouit du fruit de son art : c'était de son art même qu'il jouissait pendant qu'il peignait.
(Traduction par moi-même, après consultation de ce qu'ont fait les autres.)
  1. La dette dont il est question est la citation que Sénèque fournit à la fin de chaque lettre (sauf ici).
  2. Hécaton est un philosophe stoïcien.

QUESTIONS : (50 points)
  1. Quels indices dans ce passage suggèrent qu'il s'agit d'une "vraie" lettre ?
  2. Analysez et commentez le recours à l'image artistique dans le § 7.
  3. Identifiez un passage où Sénèque "joue" au professeur ; justifiez votre réponse, et définissez l'intention de l'auteur.
  4. Relevez des reprises, éventuellement avec variations, semblables à des sortes de refrains ; commentez l'effet produit.
  5. Relevez et commentez une tournure ou une phrase dans laquelle Sénèque manifeste son désir de convaincre.
VERSION : (50 points)

La lettre XLVII est célèbre parce qu'elle présente les esclaves sous un jour inhabituel. Ce passage se trouve vers la fin.

Non est, mi Lucili, quod amicum tantum in foro et in curia quaeras : si diligenter adtenderis, et domi invenies. Saepe bona materia cessat sine artifice : tempta et experire. Quemadmodum stultus est qui equum empturus non ipsum inspicit sed stratum eius ac frenos, sic stultissimus est qui hominem aut ex veste aut ex condicione, quae vestis modo nobis circumdata est, aestimat.
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