Cliquez sur les expressions précédées du signe + pour les développer.

Recherche externe : moteur de PicoSearch
Recherche interne : moteur de FreeFind
 ??   

RETIARIVS - Aulu-Gelle


NOCTIVM ATTICARVM - I, 26
XXVI. Interrogavi in diatriba Taurum, an sapiens irasceretur. Dabat enim sæpe post quotidianas lectiones quærendi, quod quis vellet, potestatem. Is quum graviter et copiose de morbo affectuve iræ disseruisset, quæ et in veterum libris et in ipsius commentariis exposita sunt : convertit[ur] ad me, qui interrogaveram, et : "Hæc ego, inquit, super irascendo sentio. Sedet, quid Plutarchus noster, vir doctissimus ac prudentissimus, senserit, non ab re est, ut id quoque audias. Plutarchus, inquit, servo suo, nequam homini et contumaci, sed libris disputationibusque philosophiæ aures imbutas habenti, tunicam detrahi ob nescio quod delictum, cædique eum loro jussit. Cœperat verberari; obloquebatur "non meruisse, ut vapulet; nihil mali, nihil sceleris admisisse." Postremo vociferari inter vapulandum incipit neque jam querimonias aut gemitus ejulatusque facere, sed verba seria et objurgatoria : "Non ita esse Plutarchum, ut diceret; philosophum irasci, turpe esse : sæpe eum de malo iræ dissertavisse : librum quoque περὶ Ἀοργησίας pulcherrimum conscripsisse; iis omnibus, quæ in eo libro scripta sunt, nequaquam convenire, quod provolutus effususque in iram plurimis se plagis multaret." Tum Plutarchus lente et leniter : "Quid autem, inquit, verbero, nunc ego tibi irasci videor ? Ex vultune meo, an ex voce, an ex colore, an etiam ex verbis, correptum esse me ira intelligis ? Mihi quidem neque oculi, opinor, truces sunt, neque os turbidum, neque inmaniter clamo, neque in spumam ruboremve effervesco, neque pudenda dico aut pœnitenda, neque omnino trepido ira et gestio. Hæc enim omnia, si ignoras, signa esse irarum solent." Et simul ad eum, qui sædebat, conversus : "Interim, inquit, dum ego atque hic disputamus, tu hoc age." Summa autem totius sententiæ Tauri hæc fuit : Non idem esse existimavit ἀοργησίαν καὶ ἀναλγησίαν, aliudque esse non iracundum animum, aliud ἀνάλγητον καὶ ἀναίσθητον, id est hebetem ac stupentem. Nam sicut aliorum omnium, quos Latini philosophi affectus vel affectiones, Græci πάθη hujus appellant : ita hujus quoque motus animi, qui, quum est ulciscendi causa sævior, ira dicitur, non privationem esse utilem censuit, quam Græci στέρησιν dicunt : sed mediocritatem, quam μετριότητα illi appellant.

LIVRE I, CHAP 26
Un jour, me trouvant à l'école de Taurus, je lui demandai si le sage se laissait aller à la colère (car souvent, après la leçon de chaque jour, ce philosophe permettait à ses disciples de lui adresser les questions qu'ils voudraient). Taurus, après une discussion grave et longue sur la colère considérée comme maladie de l'âme, et sur ses résultats, thèse développée dans les livres des anciens philosophes et dans .ses propres commentaires, se tourne vers moi, qui l'avais interrogé : "Voilà, dit-il, ce que je pense sur la colère, mais il n'est pas hors de propos de vous faire connaître, sur cette matière, l'opinion de Plutarque, cet homme si savant et si sage. Plutarque, donc, fit un jour dépouiller de sa tunique, et fouetter, je ne sais pour quel délit, un de ses esclaves, homme pervers et insolent, qui avait retenu, des discours qu'il entendait, beaucoup de maximes philosophiques. On commençait à frapper; l'esclave de dire en gémissant: "Je n'ai pas mérité un tel châtiment; je n'ai rien fait de mal, je n'ai commis aucun crime." Bientôt la violence de la douleur lui fait élever la voix; ce ne sont plus des plaintes, des gémissements; mais des paroles graves, des reproches qu'il fait entendre : "Plutarque, disait-il, ne se conduit pas en philosophe; il est honteux pour lui de se mettre en colère; il a souvent disserté sur les effets de cette passion; il a même écrit un très beau livre sur la patience; mais il ne se conforme guère aux préceptes qu'il a donnés dans ce traité, puisque, cédant à ses transports, il fait déchirer de coups un malheureux." Alors Plutarque, calme et de sang-froid : "D'où juges-tu que je suis en colère, misérable ? Est-ce mon air, ma voix, mon visage, mes paroles, qui te font croire que la colère s'est emparée de moi ? Mon regard, je pense, n'est point égaré, mon visage n'est point troublé, je ne pousse point de cris menaçants, ma bouche n'écume point de fureur, le sang ne me monte point au visage; je ne tiens point de propos dont j'aie à rougir ou à me repentir; tu. ne vois point en moi de mouvements brusques, d'agitation convulsive. Car, si tu l'ignores, sache que ce sont là les signes ordinaires de la colère." Plutarque se tournant ensuite vers l'esclave qui frappait : "Achève ta besogne, pendant que ton camarade et moi nous philosophons." En résumé, voici l'opinion de Taurus : il met une différence entre l'homme qui est exempt de colère et celui qui est froid et indifférent; pour lui, une âme modérée est autre chose qu'une âme insensible et glacée (ἀνάλγητον καὶ ἀναίσθητον). Comme tous les autres mouvements de l'âme, que les philosophes latins appellent affectus ou affectiones, les Grecs πάθη, ce ressentiment, qu'on appelle colère quand le désir de la vengeance le rend plus violent, ne doit pas être tout à fait banni par le sage : on ne demande pas au sage l'absence complète (στέρησις, comme disent les Grecs) de cette passion, mais seulement la modération, μετριότης.
- Voir/cacher la traduction
Lemmatisation par "Collatinus" du texte sélectionné.
Les options pour chaque terme vont apparaître ici.


Collatinus est disponible directement à : http://collatinus.fltr.ucl.ac.be/collatinus.php - adaptation pour Internet du logiciel collatinus d'Y. Ouvrard : http://www.collatinus.org/collatinus/ - Licence et documentation.
Sur le même espace de l'UCL :
- Lexique de Gérard Jeanneau par moteur de recherche : http://collatinus.fltr.ucl.ac.be/jeanneau.php
- Utilisation combinée des 2 outils : http://collatinus.fltr.ucl.ac.be/index_cj.php
- Accueil d'ensemble : http://collatinus.fltr.ucl.ac.be/

Ecrire
Logo compteur