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RETIARIVS - Aulu-Gelle


NOCTIVM ATTICARVM - I, 22

LIVRE I, CHAP 22
Il existe encore aujourd'hui une locution très répandue dans laquelle on donne à superesse une signification qui ne lui est pas propre; ainsi on dit : Hic illi superest, pour dire il est son avocat. Cette locution est en usage non seulement dans les carrefours, parmi le bas peuple, mais au forum, dans les comices, dans les tribunaux. Mais tous ceux qui ont parlé leur langue avec le plus de pureté ont donné à superesse le sens d'être superflu, surabonder, être de reste. Ainsi M. Varron, dans la satire qui a pour titre : Vous ne savez pas ce que le soir amène, a donné à superesse le sens de être de trop, être hors de saison, hors de propos.
Nescis quid vesper serus vehat. "Vous ne savez pas ce que le soir amène;" c'est-à-dire, "vous ignorez ce que l'avenir vous prépare."
Voici le passage de Varron : "In convivio legi nec omnia debent, et ea potissimum, quæ simul sunt βιωψελῆ, et delectent potius : ut id quoque videatur non defuisse magis, quam superfuisse, dans un festin toute lecture n'est pas convenable; il faut choisir ce qui peut être utile à la vie et agréable en même temps; il faut que l'agréable domine. En pareille matière, préférez l'excès à l'insuffisance d'agrément." Je me rappelle que, me trouvant un jour, par hasard, à l'audience d'un préteur fort instruit, j'entendis un avocat, qui n'était pas sans mérite, demander qu'on lui permît de laisser là sa cause. Le préteur dit à la partie intéressée : "Vous n'avez pas d'avocat." Le défenseur de s'écrier : Ego illi, vir clarissime, supersum, très illustre magistrat, me voici; et le préteur de répondre malicieusement : Tu plane superes, non ades, vous êtes de trop, vous n'êtes pas présent. M. Cicéron, dans le traité intitulé : de la Manière de réduire en art le droit civil, s'exprime ainsi : Nec vero scientia juris majoribus suis Q. Ælius Tubero defuit, doctrina etiam superfuit, Q. Élius Tubéron, par ses connaissances dans le droit, se montra digne de ses ancêtres, et il les surpassa même par son instruction. Ici Ce passage appartient aux Fragments philosophiques. superfuit semble signifier que Tubéron laissa bien loin ses ancêtres par l'étendue et l'extrême abondance de son savoir : en effet, Tubéron connaissait à fond la philosophie du Portique et la dialectique. Dans le second livre de la Répub]ique, nous trouvons encore le même mot employé par Cicéron; nous ne devons pas omettre ce passage : Non gravarer, Læli, nisi et hos velle putarem, et ipse cuperem, te quoque aliquam partem hujus nostri sermomis attingere : præsertim quum heri ipse dixeris te nobis etiam superfuturum. Verum, [si] id quidem fieri non potest, ne desis, omnes te rogamus, Lélius, Romain célèbre par ses vertus et par son amitié pour Scipion l'Africain, fut élevé au consulat l'an 190 avant Jésus-Christ. Il fut l'ami de Polybe, auquel il fournit d'utiles renseignements pour son Histoire. Son fils Lélius Népos fut lié étroitement avec le second Africain. Il fut consul l'an 140 avant Jésus-Christ. Ami de Pacuvius et de Térence, il cultiva les lettres. On sait que Cicéron a donné le nom de Lélius à son dialogue sur l'amitié. je continuerais, Lélius, si mes compagnons le voulaient, si je ne désirais moi-même t'entendre discuter quelque partie du sujet sur lequel nous nous entretenons : d'ailleurs, tu te rappelles que tu as dit hier que tu pouvais sur ce sujet en dire plus long que nous, et même plus peut-être qu'on ne voudrait en entendre. Mais jamais nous ne pourrons nous lasser d'entendre Lélius; nous le prions tous de tenir sa parole.
Julius Paulus, un des hommes les plus érudits de notre temps, disait, avec autant de justesse que de sens, que superesse est susceptible de plusieurs acceptions, tant en latin qu'en grec. En effet, par le mot περισσὸν, Jurisconsulte romain, né à Rome, selon les uns, à Tyr, selon les autres, contemporain et rival de Papinien, florissait au commencement du troisième siècle. Il fut élevé au consulat par Alexandre Sévère. De tous ses ouvrages, il ne nous reste que quelques fragments cités dans le Digeste. les Grecs désignent ou ce qui est de trop et superflu, ou ce qui est en grande quantité, en trop grande abondance. Ainsi nos ancêtres, par superesse, exprimaient tantôt le superflu, l'inutile, ce qui n'est d'aucune nécessité, comme nous le prouve le passage cité par Varron; tantôt, comme chez Cicéron, ce qui surpasse beaucoup les autres choses, au delà de toute mesure en allant jusqu'à l'excès. Or, l'avocat qui dit superesse se ei, en parlant de son client, n'entend cette locutien d'aucune de ces manières. Je ne sais quel sens inconnu, inadmissible, il lui donne. On ne peut même ici s'appuyer de l'autorité de Virgile, qui a dit dans ses Géorgiques :
Primus ego in patriam mecum, modo vita supersit
Le premier, je veux amener avec moi dans ma patrie, pourvu que le ciel m'accorde assez de jours.
Car, dans cet endroit, Virgile me semble avoir altéré le sens du mot superesse, auquel il donne la signification de subsister longtemps, d'avoir une longue durée. J'aime mieux le sens que Virgile a donné à ce même mot dans cet autre passage :
Florentisque seécant herbas, fluviosque ministrant,
Farraque, ne blando nequeat superesse labori.
On fauche pour lui l'herbe tendre; on lui sert l'eau dont il s'abreuve; on apporte devant lui du grain, de peur qu'un travail si doux ne l'épuise.
Ici superesse signifie suffire au travail, résister à la fatigue. J'ai recherché si les anciens écrivains ont employé superesse dans le sens de rester en arrière, manquer à ce qui reste à faire. Pour exprimer cette idée, Salluste a dit superare, et non superesse. Voici ses paroles, tirées de l'Histoire de la guerre de Jugurtha : Is plerumque seorsum a rege exercitum ductare, et omnis res exsequi solitus erat, quæ Jugurthæ fesso aut majoribus astricto superaverant, il avait l'habitude de conduire l'armée sans le roi, et faisait ordinairement ce que la fatigue ou des travaux plus importants ne permettaient pas à Jugurtha de faire lui-même. Dans le troisième livre des Annales d'Ennius, nous trouvons ce vers :
Inde sibi memorat unum superesse laborem,
Quintus Ennius, ancien poëte latin, né à Rudies, en Calabre, 240 ans avant Jésus-Christ, suivit d'abord sa carrière militaire. Il fut amené à Rome par Caton l'Ancien. Il composa des comédies, des tragédies, des satires, et un poëme intitulé : les Annales de la République, en dix-huit chants.
Il dit alors qu'il lui reste une tâche à remplir.
c'est-à-dire qu'il lui reste encore quelque chose à faire. Ce mot doit être divisé par la prononciation en deux mots distincts, au lieu de n'en former qu'un. Cicéron, dans la deuxième Philippique, pour désigner ce qui reste, dit restare, et non superesse. Enfin nous trouvons superesse pour superstitem esse (survivre). Dans le recueil des Lettres de M. Cicéron à L. Plancus, nous lisons dans une lettre de M. Asinius Pollion à Cicéron : Nam neque deesse reipublicæ volo, neque superesse (je ne veux ni refuser mes services à la république, ni lui survivre), ce qui veut dire évidemment que si Asinius Pollion, orateur romain, consul l'an 39 avant Jésus-Christ, fut le premier qui établit une bibliothèque à Rome. Il mourut l'an 3 de Jésus-Christ, laissant des discours, des lettres, des tragédies, un livre contre Salluste,, et l'Histoire des guerres civiles, en vingt-sept livres. On n'a de lui que trois Lettres à Cicéron. Pollion fut, comme Mécène, le protecteur et l'ami de Virgile et d'Horace, qui l'ont immortalisé dans leurs écrits. C'est à lui que Virgile adresse la quatrième églogue, et Horace la première ode du deuxième livre. l'État succombe, il ne veut pas survivre à sa ruine.
Dans l'Asinaire de Plaute, nous voyons un autre exemple plus frappant encore; ce sont les deux premiers vers de la pièce :
Sicut tuum vis unicum gnatum tuæ
Superesse vitæ sospitem et superstitem.
Puisque vous voulez que votre fils unique vous survive et fournisse après vous une longue carrière.
Ce serait donc joindre à l'impropriété des termes un présage fâcheux, si un avocat avancé en âge disait à un jeune homme, son client : Ego tibi supersum.
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