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RETIARIVS - Aulu-Gelle


NOCTIVM ATTICARVM - I, 15
Ἀλλ' ὅτε δὴ ῥ' ὄπα τε μεγάλην ἐκ στήθεος ἷει·
Τέκνον ἐμὸν, ποῖόν σε ἔπος φύγεν ἕρκος ὀδόντων;
Neque non merito Homerus unum ex omnibus Thersiten ἀμετροεπῆ, ἀκριτόμυθον appellat : modo] verba illius multa et ἄκοσμα Strepentium sine modo graculorum similia esse dicit. Quid enim est aliud [ἀμετροεπὴς] ἐκολῷα ? Eupolidis quoque versus de id genus hominibus consignatissime factus est :
Λαλεῖν ἄριστος, ἀδυνατώτατος λέγειν.
Γλώσσης τοι θησαυρός ἐν ἀνθρώποισιν ἄριστος
Φειδωλῆς· πλείστη δὲ χάρις κατὰ μέτρον ἰούσης.
Epicharmium quoque illud non inscite se habet :
Οὐ λέγειν δεινὸς, ἀλλὰ σιγᾷν ἀδύνατος.
Favorinum ego audivi dicere versus istos Euripidis:
Ἀχαλίνων στομάτων
Ἀνόμου τ' ἀφροσύνας
Τὸ τέλος δυστυχία·
Ἄνθρωπον ἀγριοποίον αὐθαδόστομον, Ἔχοντ' ἀχάλινων, ἀκρατές, ἀπύλωτον στόμα, Ἀπεριλάλητον, κομποφακελορ' ῥήμονα.

LIVRE I, CHAP 15
Au sujet de ces parleurs frivoles et importuns qui, sans jamais s'arrêter à rien de solide, donnent un libre essor à l'intempérance de leur langage, on a dit avec raison que les paroles naissent sur leurs lèvres, et qu'elles ne viennent pas de leur âme; une langue ne doit point s'agiter au hasard et sans règle, mais s'assujettir par un lien intime à la pensée, et ne se mouvoir que pour lui obéir.
Cependant, combien d'hommes ne voit-on point qui répandent un déluge de mots dénués de sens, et avec une sécurité et une aisance telles, qu'ils semblent le plus souvent ignorer eux-mêmes qu'ils parlent ? Homère dit que les paroles d'Ulysse, ce héros si sage et si éloquent, sortaient de sa poitrine, au lieu de dire qu'elles sortaient de sa bouche : paroles qu'il faut moins rapporter au son de la voix et à l'accent d'Ulysse qu'à la profondeur de ses pensées. Le même poète a dit, avec beaucoup de raison, que les dents sont un rempart opposé à l'impétuosité de la langue; qu'ainsi, l'irréflexion, des paroles peut être non seulement arrêtée par l'attention et la vigilance de l'esprit, mais réprimée par la garde placée, pour ainsi dire, dans la bouche. Voici les paroles d'Homère :
Mais lorsque sa voix retentissante sortait de sa poitrine.
et:
O ma fille, quelle parole s'est échappée du rempart de tes dents ?
Je crois bon de citer aussi un passage de M. Tullius, où cet orateur blâme avec autant de sévérité que de raison cette abondance frivole et stérile de paroles : "Mais qu'il demeure bien entendu, dit-il, qu'il n'y a aucun éloge à donner à ceux qui, tout à fait étrangers à l'art de la parole, ne peuvent exposer ce qu'ils savent, ni à ceux qui, sans instruction aucune, parlent avec élégance et avec abondance de ce qu'ils ignorent complètement. S'il fallait choisir, je préférerais le savoir sans éloquence à un frivole bavardage." Dans son premier livre de l'Orateur, on trouve encore ces mots : "Qu'y a-t-il de plus déraisonnable que des phrases brillantes et pompeuses, qui frappent l'oreille d'un vain bruit, et ne présentent à l'esprit ni pensées ni instruction ?" Mais Quid enim est tam furiosum. Cicéron, de l'Orateur, liv.I, ch.XII. l'ennemi le plus acharné de ce défaut est sans contredit M. Caton. Dans le discours intitulé, Si Célius s'est appelé tribun du peuple, il s'écrie : "Jamais il ne se tait, celui qui est atteint de la maladie de parler. Il ressemble à l'hydropique qui dort et boit sans cesse. Cet homme est tellement pressé du besoin de parler, que si les gens qu'il invite ne viennent pas, il louera un auditoire. Ses paroles frappent vos oreilles sans vous persuader; c'est un charlatan dont vous entendez les paroles, mais auquel vous vous garderez bien de vous adresser, en cas de maladie." Dans le même discours, Caton, reprochant à ce même M. Célius, tribun du peuple, la vénalité de ses paroles et de son silence, s'écrie : "Avec un morceau de pain, on peut lui ouvrir ou lui fermer la bouche."
Ce n'est pas sans raison qu'Homère donne à Thersite les noms de parleur sans mesure, de discoureur impudent; il compare aussi le bruit de ses discours diffus et ennuyeux aux cris des geais babillards; car c'est là, je pense, ce que signifient les mots ἀμετροεπὴς ἐκολῷα. Eupolis caractérise la même espèce d'hommes dans ce vers remarquable :
Très habile à parler, incapable de rien dire.
Eupolis, poëte comique d'Athènes, florissait au milieu du cinquième siècle avant Jésus-Christ; il appartenait à l'ancienne comédie :
Eupolis, atque Cratinus, Aristophanesque poetæ
Atque alii quorum comœdia prisca virorum est.
Horatius, lib.I, sat4, v.1.
C'est ce qu'a voulu imiter notre Salluste, lorsqu'il dit : "Plus parleur qu'éloquent." Hésiode, le plus sage des poëtes, dit que, loin de prostituer la langue, il faut au contraire la cacher comme un trésor; que toute sa grâce, quand on la laisse libre, lui vient de la modestie, de la retenue et de la modération :
Une langue capable de se contenir est un trésor parmi les hommes; jamais elle ne plaît davantage que lorsqu'elle sait se modérer.
Epicharme a dit aussi avec beaucoup de justesse :
Très peu propre à parler, mais incapable de se taire;
Epicharme, l'inventeur de la comédie, natif de l'île de Cos, écrivit sous Hiéron Ier, l'an 450 avant Jésus-Christ. Il mourut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans. Il ne nous reste rien de ses ouvrages. Plaute paraît l'avoir souvent imité : Plautus ad exemplar Siculi properare Epicharmi. Horatius, Epist. lib.II, ep.1, v.58.
pensée qui a, sans doute, donné lieu à celle-ci :
Ne pouvant parler, il ne pouvait cependant pas se taire.
J'ai entendu Favorinus dire que ces vers d'Euripide :
Une bouche sans frein, une folie sans bornes, ont ordinairement une fin malheureuse,
ne doivent pas seulement être appliqués à ceux qui tiennent des discours impies et sacrilèges, mais bien plus encore à ces parleurs sans mesure, dont la langue intempérante et sans frein s'agite sans cesse et répand un épouvantable torrent de paroles. Les Grecs ont pour désigner ces hommes le mot significatif de κατάγλωσσοι grands parleurs.
Un des amis de Valérius Probus m'a raconté que cet illustre grammairien, quelque temps avant sa mort, lisait d'une manière nouvelle cette phrase de Salluste : Satis eloqentiæ, sapientiæ parum (assez d'éloquence, peu de raison); il assurait que Salluste Valérius Probus, grammairien, enseigna la littérature à Rome; il fut précepteur du petit-fils d'Auguste, et mourut sous le règne de Néron. Critique sévère et pointilleux, Probus était tout occupé de corriger et d'annoter les livres. C'est l'Aristarque des Latins. Voyez Martial, Epigr., liv.III, ép.II. avait écrit satis loquentiæ(assez de faconde) : car, disait-il, ce dernier mot convenait bien mieux à Salluste, novateur en fait de style; d'ailleurs, le mot eloquentia semble ne pas convenir à l'idée renfermée dans les mots parum sapientiæ. Salluste, Conjuration de Catilina, ch.V. Les meilleures éditions modernes ont adopté la leçon de Valérius Probus. Enfin, cette déplorable manie de parler, ce flux de grands mots vides de sens sont très bien dépeints dans ce vers du mordant Aristophane :
Homme grossier, parleur sans mesure, dont la langue est sans frein, la bouche sans porte; braillard insupportable, parleur lourd et emphatique.
Nos anciens écrivains n'ont pas moins énergiquement flétri ce défaut en donnant aux bavards les noms de loquutuleii, babillards, blaterones, criards, lingulacæ, bavards.
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